Haïti sous l’emprise des pieuvres : quand les prédateurs étouffent l’espérance d’un peuple Par Pierre Josué Agénor Cadet

Haïti sous l’emprise des pieuvres : quand les prédateurs étouffent l’espérance d’un peuple  Par Pierre Josué Agénor Cadet

Haïti sous l’emprise des pieuvres : quand les prédateurs étouffent l’espérance d’un peuple

Par Pierre Josué Agénor Cadet

Haïti s’enfonce chaque jour davantage dans une crise
multidimensionnelle qui menace jusqu’à son existence comme État. Pourtant, au milieu de ce naufrage, des millions d’Haïtiens continuent de rêver d’une nation réconciliée avec elle-même : une Haïti où la sécurité, la justice, le travail et la dignité ne seraient plus des privilèges, mais des droits. Mais une question fondamentale s’impose : peut-on bâtir une nation nouvelle avec des élites qui ne jurent que par leurs intérêts personnels?
Le véritable drame d’Haïti n’est pas seulement l’insécurité, la corruption ou la pauvreté. Il réside aussi dans la faillite morale d’une grande partie de ses élites politiques, économiques et intellectuelles. Trop d’entre elles se comportent en apatrides, voire en patripoches, faisant de la République un simple instrument d’enrichissement. Elles parlent de patriotisme, mais servent leurs réseaux; elles invoquent le peuple, mais ne défendent que leurs privilèges.
L’assassinat du président Jovenel Moïse a constitué un moment de vérité. Pendant des années, certains acteurs politiques l’ont présenté comme l’unique obstacle au redressement du pays. Or, cinq ans plus tard, le constat est implacable : loin d’avoir ouvert la voie au renouveau promis, cette tragédie a précipité Haïti dans un chaos plus profond, marqué par l’effondrement des institutions, la montée des groupes armés, l’érosion de la souveraineté nationale et une misère toujours plus insoutenable.
Les faits sont têtus. Ceux qui promettaient la renaissance ont offert l’incertitude. Ceux qui dénonçaient la dérive ont contribué à l’aggraver. Ceux qui prétendaient sauver la nation l’ont laissée plus vulnérable que jamais.
À vous, politiciens et politiciennes de tous bords qui avez nourri tant d’ambitions et multiplié tant de promesses, l’Histoire adresse aujourd’hui une question que nul ne pourra esquiver : cinq ans après ce crime qui a bouleversé la nation, quel bilan présentez-vous au peuple haïtien? En regardant l’état du pays, trouvez-vous des raisons d’être fiers ou des motifs d’éprouver le poids de votre responsabilité?
Aucun peuple ne peut espérer un avenir meilleur lorsque ceux qui prétendent le conduire se comportent comme des pieuvres, étendant leurs tentacules sur les ressources de l’État jusqu’à étouffer les derniers souffles de l’espérance nationale. Le salut d’Haïti ne viendra ni des prédateurs ni des marchands d’illusions. Il naîtra du courage, de l’intégrité et du sens du bien commun.

Pierre Josué Agénor