Haïti : À qui profite l’insécurité ? Par Pierre Josué Agénor Cadet
Haïti : À qui profite l’insécurité ?
Par Pierre Josué Agénor Cadet
« On ne résout pas les problèmes avec ceux qui les ont créés. »
Albert Einstein
Depuis plusieurs années, Haïti vit sous l’emprise de la peur. Les enlèvements, les massacres, les déplacements forcés de populations, l’effondrement des institutions et l’expansion des groupes armés sont devenus le quotidien d’un peuple abandonné à son sort. Face à cette tragédie, une question s’impose avec une force croissante : à qui profite cette insécurité ?
Ceux qui se présentaient comme les principaux opposants au régime du président Jovenel Moïse avaient promis un nouveau départ pour le pays. Selon eux, son départ ouvrirait la voie à la démocratie, à la stabilité et au redressement national. Cinq ans après son assassinat, le constat est accablant : jamais l’État n’a paru aussi fragile, jamais les citoyens n’ont été aussi vulnérables, jamais le territoire n’a semblé aussi morcelé.
Des mouvements de contestation qui ont paralysé le pays jusqu’au 7 juillet 2021, date de l’assassinat du chef de l’État, Haïti est entrée dans une nouvelle phase de son histoire. Certains y voient un « 9 Thermidor haïtien », une rupture politique majeure dont les conséquences continuent à façonner la vie nationale. Mais, contrairement aux promesses de changement, le pays s’est enfoncé dans un cycle de violence, d’instabilité et de transition permanente.
Dans ce paysage de désolation, une réalité interpelle : tandis que le peuple s’appauvrit et enterre ses morts, certains semblent prospérer. Des responsables politiques continuent d’exercer le pouvoir sans véritable mandat populaire. Les alliances se nouent et se dénouent au gré des intérêts, les postes se répartissent, les privilèges demeurent. Le chaos paraît parfois plus profitable que le retour à l’ordre.
L’insécurité profite également à ceux qui utilisent la crise comme un instrument de domination politique. Dans un État affaibli, les élections sont reportées, les institutions demeurent incomplètes, la reddition de comptes s’efface et la transition devient un mode de gouvernance plutôt qu’une étape exceptionnelle.
Le désordre profite aussi aux réseaux criminels, aux trafiquants de tous genres, ainsi qu’à ceux qui tirent avantage de l’absence de contrôle de l’État. Une économie parallèle se développe, pendant que l’économie nationale s’effondre. Certains intérêts privés, nationaux comme étrangers, trouve
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